George
* le deuxième texte

           

Maryse Condé - Moi, Tituba, sorcière


Condé

Maryse Condé - Moi, Tituba, sorcière

Extrait de : Maryse Condé, Moi, Tituba, sorcière, 1986 (acheter l’œuvre)

Extrait proposé par : C. Guerrieri


À propos de cet extrait :

Abéna, une femme africaine prise en esclavage, est violée par un marin sur la bateau qui l’amène aux Antilles pour y être vendue. Quelques mois plus tard naît Tituba, qui est le narrateur du récit. Abéna est esclave sur une plantation et elle vit avec un homme Yao, qui devient le père de l’enfant. Alors que Tituba a cinq ou six ans, sa mère et elle rentrent un jour du marché et sont arrêtées par leur maître, un homme nommé Darnell. Il tente de violer Abéna qui le frappe de plusieurs coups de couteau.


(licence Creative Commons BY-NC-SA, C. Guerrieri)
Texte de l'extrait (source) :

On pendit ma mère.

Je vis son corps tournoyer aux branches basses d’un fromager.

Elle avait commis le crime pour lequel il n’y a pas de pardon. Elle avait frappé un Blanc. Elle ne l’avait pas tué cependant. Dans sa fureur maladroite, elle n’était parvenue qu’à lui entailler l’épaule.

On pendit ma mère.

Tous les esclaves avaient été conviés à son exécution. Quand, la nuque brisée, elle rendit l’âme, un chant de révolte et de colère s’éleva de toutes les poitrines que les chefs d’équipe firent taire à grands coups de nerf de boeuf. Moi, réfugiée entre les jupes d’une femme, je sentis se solidifier en moi comme une lave, un sentiment qui ne devait plus me quitter, mélange de terreur et de deuil.

On pendit ma mère.

Quand son corps tournoya dans le vide, j’eus la force de m’éloigner à petits pas, de m’accroupir et de vomir lentement dans l’herbe.

Pour punir Yao du crime de sa compagne, Darnell le vendit à un planteur du nom de John Inglewood qui habitait de l’autre côté des Monts Hillaby. Yao n’atteignit jamais cette destination. En route, il parvint à se donner la mort en avalant sa langue.