George
* le deuxième texte

           

Simone de Beauvoir - La force de l’âge - La menace de la guerre


Beauvoir

Simone de Beauvoir - La force de l’âge - La menace de la guerre

Extrait de : Simone de Beauvoir, La force de l’âge (acheter l’œuvre)

Extrait proposé par : Ministère de l’Éducation nationale Annales du brevet


À propos de cet extrait :

Simone de Beauvoir, agrégée de philosophie, comme son compagnon JeanPaul Sartre, a beaucoup contribué à animer la conscience féministe. Elle a laissé une œuvre autobiographique abondante qui constitue un témoignage essentiel pour l’histoire des idées et des milieux intellectuels.


(licence Creative Commons BY-SA, Ministère de l’Éducation nationale Annales du brevet)
Texte de l'extrait (source) :

Nous avions tous deux des santés de cheval et des dispositions1 riantes. Mais je supportais mal les contrariétés ; mon visage changeait, je me fermais, je me butais. Sartre m’attribuait une double personnalité ; d’ordinaire, j’étais le Castor ; mais par moments cet animal cédait la place à une assez déplaisante jeune femme : Mlle de Beauvoir ; Sartre brodait sur ce thème des variations qui finissaient toujours par me dérider. Quant à lui, il arrivait souvent– le matin quand les brumes s’attardaient dans sa tête, ou quand les circonstances le réduisaient à la passivité – que la contingence2 fondît sur lui ; il se tassait sur lui-même comme pour lui donner moins de prise. Il ressemblait alors à l’éléphant de mer que nous avions vu au zoo de Vincennes3 […].

Au début de l’été 1939, je n’avais pas encore tout à fait renoncé à espérer. Une voix obstinée continuait à susurrer en moi : « Ca n’arrivera pas ; pas la guerre, pas à moi. » Hitler n’oserait pas attaquer la Pologne [...].

Mais si les choses s’arrangeaient, nous pourrions aller nous promener au Portugal. Soit, disait Sartre ; mais il ajoutait qu’elles ne s’arrangeraient sans doute pas. Il me mettait en garde ; il vaudrait mieux affronter la vérité ; sinon, le jour où elle éclaterait, je ne serais pas prête à la supporter, je m’effondrerais. Mais comment se prépare-t-on à l’horreur ? Me disais-je ; inutile de prétendre la domestiquer ; j’y userai mes forces en vain ; de toute façon, il me faudra improviser. Délibérément je bloquai mon imagination.


1. Humeurs générales
2. Contexte auquel on ne peut échapper
3. Parc zoologique de Paris situé dans le 12e arrondissement de Paris, près du bois de Vincennes